PRéSENtAtIoN DES éCoSyStèMES FoREStIERS FRANçAIS Site d’atmo-picardie. atmo-picardie/pedagogie/documents/exposition/ExpoP9_lichens.pdf.

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Rédaction : Marion Péguin et Justine Delangue, sous la coordination de Sébastien Moncorps, directeur du Comité français de l™UICN, et de Guillemette Rolland, présidente de la Commission « Gestion des écosystèmes »Remerciements : Le Comité français de l™UICN remercie particulièrement pour les nombreuses contributions qu™ils ont apportées, les membres du groupe de travail « Forêt », présidé par Daniel Vallauri : Alain Billand, Alain Gioda, Alain Karsenty, Alain Persuy, Aline Salvaudon, Anne Galibert, Cécile Nivet, Christian Bruneel, Christophe Bouget, Christophe Gallemant, Daniel Vallauri, Etienne Lefebvre, François Letourneux, Frédéric Amiel, Frédéric Gosselin, Grégoire Gautier, Guy Landmann, Guy Pinault, Hervé Brustel, Jean Ngog Nje, Jean Baptiste Roelens, Jean-Jacques Blanchon, Jean-Louis Pratz, Jean-Michel Pirastru, Jean-Paul Torre, Jean-Pierre Lumaret, Jonathan Saulnier, Julien Touroult, Juliette Fatus, Julie Marsaud, Laurent Charasse puis Lise Wlerick, Loïc Duchamp, Maryse Ivanoff, Matthieu Delcamp, Max Bruciamacchie, Nicolas Debaive, Pascal Yvon, Patrice Hirbec, Patrice Notteghem, Régis Courtecuisse, Romain Pirard, Thanya Lahlou, Thierry Gauquelin, Thierry Mougey, Véronique Boussou, Vincent Boulanger, Yann André, Yves Verilhac et Aurélie Bocquet, Caroline Cremades, Christel Fiorina, Guehanne Beaufaron, Philippe Puydarieux, Yohann Soubeyran. Citation de l™ouvrage : UICN France (2013). Panorama des services écologiques fournis par les milieux naturels en France – volume 2.1 : les écosystèmes forestiers. Paris, France. Dépôt légal : Mai 2013 Crédit photo couverture : © Lemoine ISBN : n° 9782918105206 La reproduction à des ˜ns non commerciales, notamment éducatives, est permise sans autorisation écrite à condition que la source soit dûment citée. La reproduction à des ˜ns commerciales, et notamment en vue de la vente, est interdite sans permission écrite préalable du Comité français de l™UICN. La présentation des documents et des termes géographiques utilisés dans cet ouvrage ne sont en aucun cas l™expression d™une opinion quelconque de la part du Comité français de l™UICN sur le statut juridique ou l™autorité de quelque Etat, territoire ou région, ou sur leurs frontières ou limites territoriales. Cette publication a béné˜cié du soutien de : Suite au 1er volume « contexte et enjeux » des services écologiques, le Comité français de l™UICN publie 6 brochures présentant les services écologiques fournis par 6 grands types d™écosystèmes français (métropole et outre-mer) présentés selon les 4 catégories dé˜nies dans le Millennium Ecosystem Assessment (support, approvisionnement, régulation et culturel). Dans la même collection > Les écosystèmes marins et côtiers> Les écosystèmes urbains> Les écosystèmes montagnards > Les écosystèmes d™eaux douces continentales> Les agroécosystèmes © Lemoine© Lemoine2

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PRÉSENTATION DES ÉCOSYSTÈMES FORESTIERS FRANÇAIS © HirbecLa dé˜nition du terme de forêt varie selon la surface, la densité, la hauteur des arbres et le taux de recouvrement du sol. Celle retenue par la France, conforme à celle de la FAO, indique qu™il s™agit d™un système écologique couvrant au moins 10 % du sol sur plus de 0,5 ha et de plus de 20 m de large avec des arbres d™au moins 5 m de haut (ou capable d™atteindre ces dimensions), mais n™étant soumis à aucune pratique agricole. Le Programme des Nations Unies pour l™Environne – ment (PNUE) dé˜nit le seuil de 40 % de couverture pour les « forêts fermées » et 10 à 40 % de couverture pour les « forêts ouvertes ». En 2011, la forêt française couvre environ 16,3 millions d™hectares en métropole (soit 30 % du territoire)1, et 8,3 millions d™hectares en outre-mer. La forêt métropolitaine Les forêts de France métropolitaine se sont diversi˜ées, sous l™effet de facteurs qui se combinent – géographiques, géolo – giques, climatiques, historiques ou socio-économiques. Cette diversité s™explique également par la position de la France métropolitaine à l™intersection de plusieurs zones biogéogra – phiques.On distingue différents types de forêt : les forêts de plaine, les forêts de montagnes (dans les 5 grands massifs monta – gneux), les forêts littorales et les forêts méditerranéennes 2.La forêt privée est majoritaire : 3,5 millions de propriétaires privés se partagent 11,5 Mha, soit 74 % de la surface fores – tière. Les forêts domaniales, quant à elles, représentent 10 % de la surface forestière, le reste étant occupé pour l™essentiel par des forêts communales. La forêt française métropolitaine est au 3 ème rang en Europe pour sa surface, et la 2 è en volume de production de bois sur pied (2,4 milliards de m³). L™Of˜ce National des Forêts (ONF) gère 10,7 millions d™hectares3 de forêt publique soit 40 % de la surface forestière totale en France métropolitaine et en outre-mer. Les peuplements français métropolitains présentent les caractéristiques suivantes : La moitié de la forêt française métropolitaine est constituée de peuplements avec une essence principale (qui compose plus de 75% de la canopée), mais fréquemment riches d™essences secondaires. Les peuplements à deux essences représentent un tiers des peuplements, tandis que ceux à plus de deux essences en représentent 14 %. Les forêts du nord-est de la France sont les plus diversi˜ées. À l™opposé, le massif landais est un grand massif de peuplements monospéci˜ques de pin maritime4. On compte 8 essences principales : chênes sessile et pédonculé, hêtre et châtaignier pour les feuillus ; pin mari – time, pin sylvestre, épicéa et sapin pour les résineux. Les feuillus représentent les 2/3 des surfaces contre 1/3 de résineux. Parmi les feuillus, les chênes dominent, en couvrant 41 % des forêts françaises soit 6 Mha. La forêt métropolitaine est gérée selon 2 modes principaux : le taillis et la futaie. 1 | IGN, 2011. La forêt en chiffres et en cartes. 2 | Persuy A., 2008. La forêt naturelle. Editions Belin. 3 | ONF, 2012. Rapport de Développement durable 2011. 4 | IGN, 2011. La forêt en chiffres et en cartes. © Lemoine3

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Le taillis est un peuplement feuillu constitué de tiges issues de rejets de souche et de drageons, qui sont périodiquement coupés (tous les 20 ans dans la pratique courante) et qui ont tous le même âge. La futaie est, elle, issue de graines ou de plants et comporte des arbres sensiblement du même âge pour la futaie régulière et de plusieurs classes d™âge pour la futaie irrégulière. On parle de futaie pure en présence d™une seule essence et de futaie mélangée ou mixte, lorsque plusieurs essences coexistent. Figure 1 : ensembles forestiers de métropole française présentés au travers de la proportion d™arbres feuillus et résineux (IFN, 2006) 4

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La futaie irrégulière permet la présence sur une même par-celle d™arbres d™âge et de dimension très variés. Les arbres peuvent être récoltés individuellement (on parle de futaie jar -dinée), par bouquets ou les 2 à la fois. Ce traitement s™appuie préférentiellement sur le renouvellement des arbres par voie naturelle. Avec 8,3 millions d™ha de forêt tropicale, la France occupe le rang de premier pays forestier tropical de l™Union Euro – péenne6. Les forêts tropicales françaises sont réparties dans les différents territoires d™outre-mer, principalement en Guyane. Les super˜cies concernées sont très variables : la forêt tropicale guyanaise représente à elle seule 8 millions d™ha, soit 90 % de ce département (représentant une des plus vastes forêts tropicales non fragmentées au monde). Le taux de boisement atteint 38 % en Guadeloupe (64.400 ha), 42,3 % en Martinique (46.500 ha) et 40 % à La Réunion (100.000 ha)7. La Polynésie française et la Nouvelle-Calédo -nie n™ont pas béné˜cié d™un inventaire forestier précis, cepen – dant le taux de la surface boisée est estimé respectivement à 42 % et 46 %8.Grâce à ses départements et collectivités d™outre-mer, la France possède quasiment tous les types de forêts tropicales : Type de forêt Caractéristiques Localisation Type d™arbres Sempervirente hygrophile de basse altitudePrécipitations annuelles > 2.000 mm par an Altitude < 1.000 mPrincipalement dans les 4 départements d™outre-mer (DOM) et à Mayotte 9 Les arbres sont de grande taille créant des conditions écologiques particulières caractérisées par une faible luminositéSempervirente hygrophile de moyenne altitude et de montagne 2.000 mm < Précipitations annuelles < 8.000 mm Altitude > 1.000 mPlus rare mais on les trouve à la Réunion, en Guyane Plus l™altitude augmente et plus prédominent les arbres à feuilles persistantesXérophile, semi-sèche et sempervirente mésophilePrécipitations annuelles < 2.000 mm par an Altitude < 500 m Période sèche bien marquéeLes territoires ultramarins tropicaux : Guadeloupe, Martinique, Guyane française, Réunion, Mayotte, Polynésie française, Nouvelle- Calédonie, Wallis et Futuna Les arbres y sont de faible taille, les troncs sont massifs et courts. Ils dépassent rarement 20 m de hauteurMangrove Se trouve sur le littoral à l™interface terre-merGuadeloupe, Martinique, Nouvelle- Calédonie. Guyane française, îles éparses et Mayotte 10Principalement composée de palétuviersBoréalesituée dans la zone subarctique de l™hémisphère nord12 % de la surface terrestre (242 km2) de l™archipel de Saint-Pierre et MiquelonComposée principalement de conifères mais aussi de feuillusFigure 3 : les différents types de forêts en outre-mer français 11 Structure forestière Dé˜nition Surface % forêt totale Futaie régulièreLe taillis présente moins de 25 % de couvert relatif et le taux de couvert libre relatif des tiges hautes est supérieur ou égal à 2/3.7,5 millions d™hectares49Mélange futaie - taillis taillis et futaie présentent un taux de couvert relatif d™au moins 25 % chacun. 4,3 millions d™hectares28Taillis Le taillis présente au moins de 25 % de couvert relatif et le taux de couvert relatif de la futaie est inférieur à 25 %. 1,7 millions d™hectares11Futaie irrégulièreLe taillis présente moins de 25 % de couvert relatif et le taux de couvert libre relatif des tiges hautes est inférieur à 2/3. 638.000 hectares4Figure 2 : les différents types de gestion dans les forêts françaises métropolitaines avec des valeurs correspondant à la période 2006-20095.5 | IFN, 2010. Indicateurs de gestion durable des forêts françaises métropolitaines. 6 | GNFT, 2012. Forêts tropicales : point d™étape et nouveaux dé˜s. Quelles orientations pour les acteurs français ? 3 e Rapport du Groupe national sur les forêts tropicales, 192 pages. 7 | ONF, 2010. Les forêts françaises. 8 | FAO, 2011, Situation des forêts du monde. 9 | Conservatoire national botanique de Mascarin / Boullet V., 2005. Aperçu préliminaire de la végétation et des paysages végétaux de Mayotte. Contribution à la mise en œuvre de l™inventaire Z.N.I.E.F.F. 10 | Conservatoire du littoral / IFRECOR, 2011. Les Mangroves de l™outre-mer français : Écosystèmes associés aux récifs coralliens. 11 | CIRAD, 2001. Les forêts tropicales humides dans la vie des hommes, 15 pp. La forêt en outre-mer 5 PAGE - 6 ============ Les forêts d™outre-mer relèvent de différents statuts. Elles peuvent être privées mais sont le plus souvent publiques : domaniales, communales, départementales, régionales mais aussi départemento-domaniales, statut qui ne trouve à s™appliquer, pour des raisons historiques, que dans les îles (Guadeloupe, Martinique, La Réunion). L™ONF assure leur gestion, à l™exception, depuis 1989, des forêts situées dans les cœurs des Parcs nationaux de la Guadeloupe et depuis 2007, de Guyane et de la Réunion. De l™après guerre aux années 70, les gestionnaires forestiers ont donné la priorité à la production de bois. Il s™agissait alors de fournir la matière première et les matériaux nécessaires au développement économique en général et à la construction en particulier. Ce fut l™époque des plantations de Maho - gany aux Antilles et de Cryptomeria du Japon à La Réunion. Aujourd™hui, la production de bois ne représente plus qu™un objectif secondaire. La conservation de la biodiversité et l™ac - cueil du public sont devenus prioritaires. L™aménagement de la forêt départementalo-domaniale de Guadeloupe retient le classement des surfaces en série de production de Mahogany pour 2.937 ha et de Laurier rose (Podocarpus coriaceus) pour 95 ha, soit respectivement 12 % et 0,4 % seulement de la super˜cie totale de la forêt. La gestion durable des forêts La dé˜nition de la gestion durable des forêts, adoptée par la FAO et mentionnée dans l™article L. 1 du code forestier fran - çais, est la suivante : « La gestion durable des forêts garantit leur diversité biologique, leur productivité, leur capacité de régénération, leur vitalité et leur capacité à satisfaire et pour l™avenir, les fonctions économique, écologique, et sociale pertinentes, aux niveau local, national et international, sans causer de préjudices à d™autres écosystèmes ».En France, le Plan forestier national (2006-2013) af˜che comme objectif que la gestion durable, toutes forêts confon - dues, couvre les deux tiers de la surface totale de la forêt française en 2015. La déclinaison des principes d™une gestion durable des forêts dans le code forestier prévoit que l™exploitation des forêts se fasse dans le respect de leur capacité de régénération a˜n d™éviter une uniformisation du milieu et la raréfaction des espèces y vivant.Pour garantir la pratique de cette gestion durable de la forêt, des certi˜cations se sont mises en place dont les 2 principales sont PEFC (Programme de Reconnaissance des Certi˜cations Forestières) et FSC (Forest Stewardship Council).En 2010, 5,15 millions d™hectares de forêts (publiques pour près de 60 % en surface) étaient certi˜és PEFC et 16.850 hectares FSC en France métropolitaine12.L™évolution de la surface forestière Si la surface forestière a augmenté de près de deux-tiers depuis la ˜n du 19è siècle, cette progression semble ralentir ces dernières années en métropole13. Les facteurs limitant l™extension de la forêt sont l™extension du bâti, des infras - tructures et dans une moindre mesure la reconquête par l™agriculture de certaines surfaces boisées. En outre-mer, les forêts naturelles des îles sont particuliè -rement menacées et certaines formations forestières ne se rencontrent plus qu™à l™état de reliques. A titre d™exemple, les forêts sèches et semi sèches, qui sont parmi les écosystèmes les plus menacés au monde, n™existent plus que sur 4.600 ha en Nouvelle-Calédonie et 568 ha à La Réunion, soit environ 1 % de leur surface d™origine. Pour la forêt boréale française, entre 1952 et 2005, la réduc -tion de son couvert forestier a été estimée à 37 % sur l™île de Langlade et à 32 % sur l™île de Miquelon, notamment du fait de l™impact du Cerf de Virginie 14.12 | Ministère de l™Agriculture et de la Pêche, 2007. Certi˜cation forestière et garanties de gestion durable. Conseil général de l™agriculture, de l™alimentation et des espaces ruraux. Forest Stewardship Council Œ France, 2010. Lettre d™information n°4. 13 | Agreste, Teruti-Lucas 2010. Evolution de l™occupation du sol entre 2006 et 2010. FAO, 2010 Evaluation des ressources forestières mondiales 2010, Rapport national France. 14 | DAF, 2008. Evolution de la forêt boréale de Langlade entre 1952 et 2005. Etude cartographique. © Tron 6 PAGE - 8 ============ CYCLE DE L™EAU En ralentissant le ruissellement, en favorisant le maintien de l™humi -dité des sols super˜ciels et l™alimentation des nappes souterraines, la forêt joue un rôle prépondérant dans le cycle de l™eau. La couverture forestière, facilitant le stockage de l™eau dans le sol, atténue les ˚uctuations du débit des rivières, réduisant les crues en période de pluie (fonction de tampon) et alimen - tant les cours d™eau et les nappes en période sèche. Les massifs forestiers, en particulier en milieu tropical, peuvent être assimilés à des châteaux d™eau régulant la distribution d™eau dans le temps18. L™équilibre entre évapo -transpiration, ruissellement et in˜ltration de l™eau dans les sols dépend cependant de plusieurs facteurs : la densité de la forêt, la couverture végétale des sols, les caractéristiques des sols, la fréquence et l™intensité des précipitations, la température, En forêt tropicale humide dense, par exemple, environ 75 % des précipitations sont restituées à l™atmosphère par évapo - transpiration (transpiration par les plantes : 50 % ; évapo - ration : 25 %) 19. De ce fait, seulement 25 % de la pluviosité s™écoule par les cours d™eau ou rejoint les eaux souterraines.Dans les îles, situation qui concerne de nombreux territoires en outre-mer, la fonction de régulation des débits est très importante. En effet, ces territoires dépendent entièrement des apports en eau par la pluie pour leurs hydrosystèmes d™eau douce car il y a peu de nappes phréatiques. Les eaux in˜ltrées sont rapidement évacuées vers la mer en raison de la faible super˜cie des bassins versants. Lors des saisons sèches, si la forêt ne permet pas une disponibilité continue par son rôle de réservoir, l™eau peut facilement venir à manquer. PHOTOSYNTHÈSE, PRODUCTION DE BIO- MASSE ET CYCLE DES ÉLÉMENTS NUTRITIFSLes forêts jouent un rôle fondamental dans la photosynthèse (fourniture d™oxygène, absorption et stockage de carbone), la production de biomasse et le maintien du cycle des éléments nutritifs, tant au niveau local qu™au niveau mondial. La photosynthèse et la production de biomasseLa forêt absorbe, à travers la photosynthèse, le CO 2 de l™at -mosphère et rejette de l™oxygène, essentiel à la vie sur Terre. Ce phénomène permet la production de matière organique constitutive du bois et s™effectue en majorité dans le feuillage. Dans les zones tempérées, la photosynthèse, dépendante de la lumière et de la température, est plus importante en été et au printemps. Le cycle des éléments nutritifs La litière, couche super˜cielle constituée de feuilles mortes, arbres morts ou parties végétales, est décomposée grâce aux nombreux invertébrés, microorganismes et champignons. Les produits de cette dégradation sont ensuite recyclés au travers des processus de croissance et de régénération de l™écosystème et participent aux cycles des éléments nutritifs comme celui de l™azote ou du carbone. Les particularités des forêts tropicalesLes forêts tropicales humides sont composées en majorité de végétation à feuilles persistantes et présentent une chute de litière continue. Les variations de la luminosité ou de la température de l™air sont peu importantes au cours de l™année mais restent à des niveaux élevés. Les phénomènes de pho - tosynthèse, de recyclage des éléments nutritifs et de pertes respiratoires sont donc nettement plus intenses qu™en forêt tempérée.18 | Europarl, 1996. Le rôle écologique des forêts tropicales, Site Internet du Parlement Européen. 19 | Palmberg C, 1989. Tropical deforestation. Status, trends and impacts. Conference for «Ecology 89» invited paper. Précipitation Ruissellement Écoulement Évapotranspiration Interception In˜ltration Nappe phréatique Évaporation Figure 5 : cycle de l™eau dans les écosystèmes forestiers Évaporation de l™eau Eau Eau Énergie solaire Dioxyde de Carbonne CO 2Oxygène O2Figure 6 : la photosynthèse Services de support ou fonctions 8 PAGE - 9 ============ La forte production primaire de biomasse explique en par -tie la richesse de ces milieux naturels 20. Ainsi, en Guyane française, la biomasse aérienne moyenne a été évaluée à 309 tonnes/ha sur la station d™étude permanente des Noura -gues21. Pour comparaison, la moyenne mondiale de biomasse totale (aérienne et souterraine) présente dans les forêts est de 149 tonnes par hectare22. OFFRE D™HABITATS, BIODIVERSITÉ La biodiversité forestière en France métropolitaineLes forêts abritent une grande diversité d™espèces, apparte -nant à tous les groupes taxonomiques, dont certaines sont inféodées au milieu forestier. Ainsi 60 % des mammifères, 42 % des oiseaux, 32 % des amphibiens, 28 % des insectes ou encore 64 % des plantes vasculaires de France métropo- litaine sont des espèces fréquemment présentes en forêt 23. Les insectes représentent plus de 90 % de la faune d™une forêt tempérée 24. On recense ainsi plus de 5.700 espèces d™insectes en forêt de Fontainebleau 25. La grande diversité en habitats et en niches écologiques peut s™expliquer par les différents niveaux de structuration de la forêt, tant verticale qu™horizontale. Le bois mort et les arbres à cavités, par exemple, constituent des micro-habitats pour beaucoup d™espèces tels les pics, les chouettes, les chauves- souris, les écureuils et une multitude d™insectes et de cham - pignons A˜n de maintenir une riche faune saproxylique, un minimum de 20 m3/ha de bois mort doit être conservé 26. En France, en forêt domaniale métropolitaine, on trouve en moyenne 17 m 3/ha de bois mort au sol et 5 m 3/ha sur pied 27. Les écosystèmes forestiers sont particulièrement bien représentés dans le réseau Natura 2000, sites naturels ou semi-naturels de l™Union Européenne ayant une grande valeur patrimoniale par la faune et la ˚ore qu™ils contiennent. Ils constituent près de 40 % de la surface du réseau français. Les forêts inventoriées au titre de l™inventaire ZNIEFF (Zone naturelles d™intérêt écologique, faunistique et ˚oristique) représentent 39,7 % de la surface forestière métropolitaine. Cet inventaire qui identi˜e les forêts à haute valeur pour la biodiversité permet d™appréhender la richesse des forêts françaises28. La biodiversité forestière en outre-merLes forêts primaires et les écosystèmes forestiers des ter -ritoires d™outre-mer présentent également une biodiversité considérable. Parmi elles, la forêt tropicale humide se dis - tingue particulièrement par sa richesse biologique. La biodiversité de la forêt guyanaise est l™une des plus importantes au monde. Les scienti˜ques dénombrent quelque 1.600 espèces de vertébrés dont 183 espèces de mammifères, 718 d™oiseaux nicheurs, 158 de reptiles, 108 d™amphibiens, 480 de poissons d™eau douce et saumâtre ainsi que 625 espèces de champignons et 5.750 plantes terrestres29. Cela représente environ 2,5 fois plus d™oiseaux, 4 fois plus de reptiles et 3 fois plus d™espèces d™amphibiens qu™en métropole. Une quarantaine de nouvelles espèces de plantes y sont décrites chaque année. Cependant, l™immense super˜cie à explorer et l™accès dif˜cile aux sites rendent la connaissance biologique partielle. Cependant, si la Guyane est le département d™outre-mer le plus riche en nombre d™espèces, les îles françaises ultra - marines abritent davantage d™espèces endémiques : le taux d™endémicité est un des plus élevés au monde en Nouvelle- Calédonie et on y trouve par exemple 2.423 plantes vascu- laires endémiques !Les forêts tropicales françaises sont également particulière -ment remarquables par le degré de complexité des interac - tions entre espèces.Une biodiversité en déclin Même si l™évaluation réalisée en 2007 sur l™application de la directive européenne Habitats, précise que globalement les habitats forestiers métropolitains sont en relativement bon état de conservation (à l™exception des forêts rivulaires), les milieux forestiers ne sont pas épargnés par le déclin des espèces. Ainsi 34 % des mammifères, 7 % des amphibiens, 9 % des reptiles et 16 % des oiseaux nicheurs forestiers sont menacés en France métropolitaine. Pour les organismes saproxyliques, on estime au niveau européen que 20 à 50 % de ces espèces sont menacées d™extinction30. Le suivi temporel des oiseaux communs (STOC) montre éga- lement un recul de 11 % des populations d™oiseaux forestiers sur la période 1989-2005. En outre-mer, la situation est également alarmante pour de nombreuses espèces endémiques comme le Cagou, oiseau 20 | INRA, 2008. Les forêts : un enjeu commun de recherche pour l™INRA et le CIRAD. 21 | Chave, J., Riera, B. & Dubois, M.A., 2001. Estimation of biomass in a neotropical forest of French Guiana: spatial and temporal variability. Journal of Tropical Ecology 17: 79Œ96. 22 | FAO, 2010. Evaluation des ressources forestières mondiales. 23 | Vallauri D., 2003. Livre blanc sur la protection des forêts naturelles en France. Forêts métropolitaines. Tec & Doc (Lavoisier). 24 | Vallauri D. et Neyroumande E., 2009. Les forêts françaises : une biodiversité à la fois riche et menacée. Responsabilité & Environnement n°53. 25 | Vallauri D., 2003. Ibid. 26 | Vallauri D., Poncet L., Hancok C., 2005. Mémento de la protection des forêts. Rapport WWF, Paris, 40 pages. 27 | ONF, 2011. Bilan patrimonial 2011 : panorama de la gestion durable. Les forêts domaniales de métropole, un patrimoine naturel de haute valeur. 28 | Vallauri D. et Neyroumande E., 2009. Ibid. 29 | Gargominy, O. [Ed.] 2003. Biodiversité et conservation dans les collectivités françaises d™outre-mer. Collection Planète Nature. Comité français pour l™UICN, Paris, France. x et 246 pp. 30 | Gosselin F., Gosselin M., 2008. Pour une amélioration des indicateurs et suivis de biodiversité forestière. Ingénieries n° 55-56, 113-120. © Perthuis9 PAGE - 10 ============ forestier de Nouvelle-Calédonie, classé en danger sur la liste rouge mondiale de l™UICN. Une attention particulière doit être portée sur les espèces typiquement forestières ou sensibles à la gestion forestière. Celles-ci nécessitent un microclimat tamponné d™intérieur forestier ou des microhabitats typiquements forestiers (bois mort, humus, houppiers, cavités d™arbres, gros et vieux arbres). Les espèces peu mobiles et sensibles au dérange - ment et aux tassements sont également à surveiller. La préservation de la richesse biologique des écosystèmes forestiers, au-delà de la conservation d™un patrimoine naturel, est une condition essentielle du maintien sur le long terme des forêts et des services qu™elles rendent. FORMATION ET MAINTIEN DES SOLS La décomposition de la litière forestière assure le maintien et le renouvellement de la couche d™humus. Celui-ci est une réserve de matière organique et constitue la seule partie nutritive des sols. En forêt tropicale, le recyclage rapide des éléments nutritifs dû à des conditions de luminosité, température et humidité favorables fait que l™humus est en majorité de faible épaisseur et pauvre en éléments minéraux (en dehors des îles françaises tropicales d™outre-mer, qui ont de jeunes sols volcaniques bien drainés et dont la structure favorise l™aération). Les racines des arbres contribuent à la stabilisation des sols forestiers et ceci jusqu™à 2 m de profondeur. Ce maintien des sols est particulièrement important sur les rives des ˚euves et des cours d™eau et permet de ˜xer les berges. Lorsque la forêt disparaît, le sol est soumis à l™action directe de l™ensoleillement, du vent et des pluies, il entre alors dans un processus de dégradation, qui peut devenir à terme irré - versible.31 | Données ADEME, 2010. 32 | IFN, 2004. IF n°3 : La diversité ˚oristique de la forêt française. 33 | IFEN, 2005. Les multiples valeurs de la forêt française. Collection Les données de l™environnement, lettre thématique mensuelle de l™Institut Français de l™Environnement, n° 105. © HirbecProduit / Service Quantité Prix Valeur totale Bois commercialisé38 millions de m3˛ 28 ˜/m31.092 Millions d™˜Bois non commercialisé26,2 millions de m3˛ 9,4 ˜/m3247 Millions d™˜Truffes 0,06 kt˛ 400 ˜/kg26 Millions d™˜Liège10 kt˛ 300 ˜/t3 Millions d™˜Autres produits forestiers non-ligneux vendus par l™ONF 9 Millions d™˜Chasse10 Millions de visites˛ 10 ˜/visite96 Millions d™˜Cueillette20 Millions de visites˛ 4 ˜/visite85 Millions d™˜Figure 7 : valeurs économiques de produits forestiers communs 33 Celles du bois désignent les valeurs sur pied de la récolte de bois en 1999. La catégorie des autres produits forestiers non- ligneux désigne les gommes, laques, résines, copal et autres menus produits forestiers. Services d™approvisionnement Les forêts produisent de nombreux biens commercialisés, sources de revenus et d™emplois. Le bois est la production la plus évidente. il alimente, en matière première, avec d™autres produits ligneux, les indus - tries du bois, de l™énergie et du papier, ainsi que les foyers, en bois de chauffage. On trouve également beaucoup d™autres produits forestiers non ligneux commercialisés. LE BOIS : BOIS D™„UVRE ET BOIS ÉNERGIE 31 Les forêts métropolitainesLa forêt française métropolitaine présente 66 essences fores -tières utilisables 32 dont une quinzaine couramment exploitées pour valoriser le bois.La production biologique des arbres vifs représente 86,7 millions de m 3 de bois par an en moyenne sur la période 2005-2009. Cette production correspond à l™accroisse -10 PAGE - 11 ============ 34 | IFN, 2011. IF n°27 : Volume de bois sur pied dans les forêts françaises : 650 millions de mètres cubes supplémentaires en un quart de siècle. 35 | IFN, 2011. IF n°28 : Prélèvements de bois en forêt et production biologique : des estimations directes et compatibles. 36 | Union de la Coopération Forestière Française, 2012. La coopération forestière française. 37 | CGDD, 2011. Chiffres clés de l™énergie Œ édition 2011. Repères. 38 | ADEME, 2012. L™utilisation du bois énergie dans l™habitat. Les avis de l™ADEME. 39 | Site de l™ADEME. http://www2.ADEME.fr/servlet/KBaseShow?sort=-1&cid=96&m=3&catid=13488 40 | Pinta F., Girard P.. 2009. Bois et forêts des tropiques (302) : 53-63. 41 | Puech J., 2009. Mise en valeur de la forêt française et développement de la ˜lière bois. ment de matière bois produit par la croissance des arbres et représente 3,5 % du volume total de bois sur pied en France (2,4 milliards de m3 en 200734). Si à cela, on ajoute la production des arbres coupés et chablis ordinaires (vifs en début de période), on soustrait un prélèvement de 40 millions de m3 pour la production (4e rang européen) et 8 millions de m3 de mortalité par an, on obtient alors une moyenne de 42 millions de m3 d™augmentation nette du volume de bois sur pied par an sur la période 2005-2010 hors chablis Klaus 35. L™augmentation de la ressource est la conséquence normale de la croissance régulière de la super˜cie des forêts durant les cent dernières années. Par ailleurs, si l™on veut correcte - ment analyser l™excédent de la production sur la récolte, il s™agit de bien distinguer la ressource qui relève de surfaces « exploitables » et celle qui, pour diverses raisons n™est pas exploitable (jeunes peuplements, forêts dif˜ciles d™accès, certains espaces protégés,–). Il n™y a donc pas toujours cor -respondance entre prélèvement et accroissement biologique. En 2012, le secteur « forêt-bois » en France représente plus, en termes d™emplois, que le secteur de l™automobile dans son ensemble : 450.000 emplois pour 100.000 entreprises (avec la commercialisation) essentiellement réparties en milieu rural. Le chiffre d™affaires de la ˜lière est de 60 milliards d™euros 36.Le bois est la première énergie renouvelable française. En 2010, il a représenté 10,1 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) sur une production totale d™énergies renouve - lables (comptabilisée en énergie primaire) de 22,7 Mtep 37. La France est ainsi le premier pays européen pour la consom - mation totale de bois-énergie souvent autoconsommé (non commercialisé).Le bois énergie est utilisé majoritairement par le secteur des ménages où, avec une consommation de 6,5 Mtep en 200638, il représente 65 % des usages. Le secteur industriel est le deuxième consommateur important de bois énergie et en particulier les industries du secteur papetier et du bois, où les sous-produits de type sciures, écorces, résidus pape - tiers, petits bois sont utilisés pour la production de chaleur et d™électricité. Promu dans le cadre du programme bois-énergie de l™ADEME, le bois est de plus en plus utilisé dans le secteur collectif ou tertiaire où des réseaux de chaleur contribuent à la production de chauffage pour des immeubles à usage d™habitation ou de bureaux et pour des équipements collectifs. Le bois est aussi un combustible précieux dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique. Ainsi l™utilisation de 4 m3 de bois permet, s™il y a réelle substitution, d™écono -miser 1 tep et d™éviter l™émission de 1,5 à 2,5 tonnes de CO2 fossile dans l™atmosphère 39 (hors prise en compte du carbone biogénique).Il faut noter cependant que la très forte augmentation des installations de chauffage au bois et une absence de contrôle effectif du taux de prélèvement présentent des risques à la fois pour le maintien de la fertilité des sols forestiers et pour la sauvegarde des espèces inféodées aux vieilles forêts, au bois mort ou sénescent. Alors que l™on s™efforce, pour des raisons d™équilibre biologique et de résilience des peuplements, de porter le volume de bois mort à l™hectare à 20 ou 25 m3, certaines parcelles sont actuellement vidées de leurs réma- nents pour fabriquer des plaquettes forestières. Par ailleurs, la coupe de bois de chauffage n™est pas assez contrôlée et de nombreux chantiers ne prennent pas en compte le dévelop - pement durable des forêts. Les forêts tropicales ultramarines40 Dans les forêts tropicales françaises d™outre-mer, l™exploita -tion est dif˜cile à cause de la topographie et de la nature des terrains (pentes importantes, rivières à traverser, ), ne permettant pas un débardage aisé dans les zones dif˜ciles d™accès. Dans les Antilles françaises, on compte environ 18 espèces de bois d™œuvre mais la principale essence exploitée est le Maho- gany. Ce bois exotique précieux est utilisé pour l™ébénisterie, la menuiserie ˜ne, et dans une moindre mesure la charpente marine pour les canots traditionnels. Parallèlement, même si la demande existe, le manque de formation et d™équipement ne favorise pas l™émergence d™une ˜lière bois structurée. A La Réunion, la production de bois ne concerne que 3.500 ha de forêts, mais bien que marginale en valeur abso -lue, elle alimente la ˜lière artisanale en bois de construction (Cryptomeria du Japon, espèce introduite) et en bois d™ébé - nisterie (Tamarin). Aujourd™hui, les volumes proposés ont atteint leur optimum, avec 8.000 à 10.000 m 3 de grumes/ an41. En Guyane également, l™exploitation forestière reste modé - rée. Les principales essences exploitées sont l™Angélique, © Hirbec11 584 KB – 24 Pages